vendredi 10 février 2012

RENAULT choisit le "Made in Maroc"

En plein débat sur le "Made in France", de mise en place d'une TVA Sociale ou plutôt d'une TVA "anti délocalisation", le constructeur Français, Renault, a inauguré hier une nouvelle usine au Maroc qui construira des monospaces Dacia.


Source : Le Point




Le constructeur inaugure, jeudi, une usine de production de véhicules low cost au Maroc. L'Hexagone est de plus en plus délaissé.

La comparaison des chiffres du commerce extérieur franco-allemand est cruelle. Alors que Paris annonçait lundi avoir enregistré un déficit record de sa balance commerciale à - 69 milliards d'euros, Berlin s'est félicité le lendemain d'avoir atteint un excédent sans précédent de 158 milliards d'euros. Les exportations de nos voisins d'outre-Rhin ont bondi l'année dernière de 11,4 %. En France, ce sont les importations qui ont augmenté de 11 %...

De mauvais résultats hexagonaux largement imputés au déclin de l'industrie, dont l'avenir est devenu l'un des principaux thèmes de la campagne présidentielle. Le secteur automobile est emblématique de la tendance. Renault et PSA n'ont plus produit en 2011 que 30,75 % de leur production mondiale de véhicules dans leur pays d'origine, alors que cette part atteignait encore 41 % en 2007...


Des salaires de 250 euros à Tanger


C'est dans ce contexte que Renault va inaugurer, jeudi, une nouvelle usine géante à Tanger, censée produire des véhicules à bas coûts de marque Dacia, qui seront vendus dans le monde entier, y compris en France. Le constructeur français doit y investir jusqu'à un milliard d'euros, pour faire sortir 170 000 véhicules cette année puis 340 000 véhicules à partir de 2013. Il s'agira du Lodgy, un monospace de cinq à sept places, d'un utilitaire léger et d'un autre véhicule encore tenu secret. Le Maroc a mis le paquet pour le convaincre de choisir son territoire : Renault va profiter d'un niveau de salaire imbattable de 250 euros net par mois (contre 450 euros en Roumanie) pour un opérateur "de base" et d'une exemption totale d'impôt sur les sociétés pendant 5 ans et d'un taux réduit pendant 20 ans.


Le renforcement de Renault au Maroc est d'autant plus frappant que la marque au losange ne cesse de diminuer sa production française. Depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy, en 2007, celle-ci est passée de 1 012 376 véhicules particuliers et utilitaires légers à 634 319 en 2011, soit une baisse de 37 %, selon les données du Comité des constructeurs français d'automobiles.


PSA résiste (encore un peu)


Bien sûr, cette évolution reflète l'évolution du marché mondial, porté par la montée en puissance des marchés émergents (Brésil...). Renault fait d'ailleurs valoir qu'elle n'est pas uniquement négative pour l'Hexagone : chaque voiture fabriquée à Tanger "rapportera 800 euros à la France parce qu'il y a 400 euros de pièces livrées depuis la France et 400 euros d'ingénierie", s'est défendu le directeur général délégué du constructeur, Carlos Tavares, lors d'une audition au Sénat. Renault souligne également qu'il réalise toujours 25 % de sa production en France pour 25 % de ses ventes, si on tient compte non seulement de l'assemblage des véhicules, mais aussi de la production de moteurs, de boîtes de vitesses et de trains avant et arrière.

Il est toutefois difficile de nier que sa stratégie est moins centrée sur l'Hexagone que celle de son concurrent PSA. En 2011, Peugeot-Citroën a monté plus de 1 324 000 voitures dans ses usines françaises, soit plus du double que la marque au losange ! Mais la tendance est, là aussi, au déclin : depuis 2007, sa production hexagonale a légèrement baissé. Et cela devrait s'accélérer : 4 300 suppressions de postes ont été annoncées à la mi-novembre pour 2012, à la foi en interne, chez des prestataires extérieurs et même dans les bureaux d'études !


Le patron de PSA, Philippe Varin, incrimine notamment le coût du travail hexagonal. Une dérive à laquelle la TVA sociale est justement censée faire face en permettant l'allègement des charges sociales employeurs pesant sur les niveaux de salaires pratiqués dans l'industrie, c'est-à-dire de 1,6 fois le smic à 2, 4 fois le smic. Reste à savoir si cela sera suffisant. Car Renault semble de plus en plus miser sur les véhicules bas de gamme. À ce jeu-là, la France sera toujours perdante face aux pays émergents. Et cela, quel que soit le coût de la main-d'oeuvre.


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